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Gwenaël Dubus : quand l’appel de la terre est le plus fort

Plus grande ferme de maraîchage au sein du label N&P, la Ferme du Peuplier doit son succès à la vision de Gwenaël et son équipe. Après avoir travaillé au sein de l’association le temps de rédiger une brochure de l’édition N&P « Agriculture biologique et changements climatiques », il est à son tour devenu producteur bio de Nature et Progrès. Petit portrait de ce néo-agriculteur chez qui nous avons effectué une visite du système participatif de garantie.

Par Mathilde Roda et Sam Ligot


D’agronome à agriculteur

Ingénieur agronome diplômé en 2005, Gwenaël a toujours été attiré par le travail de la terre, dans son sens le plus concret. La préparer, la cultiver… Voilà ce à quoi il aspirait. Et il n’a pas attendu pour concrétiser cette envie ! C’est en France qu’il a fait ses premières armes, via un projet d’installation en élevage laitier. Il découvre alors N&P via l’association française et adhère rapidement aux valeurs qu’elle défend. Ainsi, il se fait des contacts dans le milieu et réalise même des stages dans des fermes bio en polyculture-élevage. De quoi acquérir l’expérience nécessaire lorsque l’on ne vient pas directement du milieu.


Son parcours de vie l’amène à revenir en Belgique où il tente plusieurs carrières proches du milieu agricole. Il sera ainsi formateur en horticulture et conseiller MAEC. Mais l’appel de la terre est le plus fort. Gwenaël cherche à s’installer et en attendant, il travaillera comme ouvrier agricole à la ferme de Jambjoûle, chez Bernard Convié et Valérie Calicis, producteurs bio de Nature et Progrès. Ensuite, il cultivera en maraîchage un demi-hectare en location chez un producteur de Grez-Doiceau. Enfin, en 2011, il acquiert 3 ha à Gottechain et entame la préparation de la terre et la conversion en bio.


La ferme maraîchère de Gwenaël, baptisée « la Ferme du Peuplier » du nom du champs sur lequel elle est installée, se développe vite. Elle profite d’une terre limoneuse fertile et aussi et surtout de la proximité avec Bruxelles, permettant de miser sur les marchés pour la commercialisation. La clientèle de la capitale est friande de légumes bio de qualité, la réputation de l’étal de Gwenaël se fait donc rapidement. Aujourd’hui, 25 ha sont cultivés, répartis entre les 18 ha de production maraîchère, les engrais-verts et la culture de pommes de terre. La production est vendue sur 19 marchés. Toute cette activité occupe 35 équivalents temps plein, dont 20 en CDI ou CDD, 60 étudiants sur les marchés et des saisonniers


Un sol vivant pour des récoltes de qualité

A la Ferme du Peuplier, le sol est bichonné car on a compris que la clef pour assurer une production alimentaire pérenne et de qualité c’est un sol vivant. Qui dit vie dit … nourriture ! Le sol a besoin d’être alimenté pour fonctionner correctement et ainsi assurer le développement de beaux légumes. C’est d’ailleurs un des principes de l’agriculture biologique : nourrir le sol et non pas la plante. Les déchets de la production de la ferme sont compostés. Gwenaël achète également 200 tonnes de fumier BIO par an qui sont eux aussi compostés. Les apports de matière organique se font en surface et le sol est très peu travaillé. Une technique particulièrement efficace en tunnels où de grandes épaisseurs de fumier très pailleux sont déposées, laissées quelques temps avant d’être broyées puis arrosées pour laisser les sucres pénétrer le sol, pour être finalement incorporées sur les quelques premiers centimètres. Les mottes sont directement plantées dans ce mélange riche.

La visite du SPG (système participatif de garantie) est l’occasion pour Benoit et Mélanie, producteurs visiteurs, d’en apprendre plus sur les techniques de gestion du sol mises en place par Gwenaël et son équipe.


Le sol est presque toujours couvert pour préserver au mieux son dynamisme. La couverture est notamment constituée de paillage issu des 4 ha d’engrais verts de l’exploitation qui, en plus de le protéger, le nourrissent également. Très peu de couvertures plastiques sont utilisées. De plus, le travail du sol est limité aux premiers centimètres afin de ne pas trop perturber la vie qu’il abrite, moteur de son fonctionnement. Enfin, les rotations c’est-à-dire la succession des cutures dans le temps à un même endroit, courent de 5 à 7 ans, permettant notamment de lutter contre les ravageurs et exploiter au mieux le sol et ses ressources. Le choix de la succession des plantes est fait en fonction de ce que les racines et la rhizosphère (zone de sol que vont influencer chimiquement et physiquement les racines des plantes) peuvent apporter. On recherche ainsi la meilleure optimisation sol-plante d’une année à l’autre de production.


Viser l’autonomie et la résilience tout en étant rentable !

Sur la ferme, sont produits de 60 à 80 légumes différents pour plus de 150 variétés. Des variétés F1 sont utilisées pour des incontournables : choux, aubergine, céleri rave, fenouil, concombre, et 50% des tomates (voir cet article pour une discussion sur la problématique F1). Certains plants utilisés sont greffés : quelques tomates, aubergines et concombres. Quelques plants de tomates sont produits à la ferme, les autres plants de légumes sont achetés chez Dekoster et Jongerius. Le tout est vendu à 90% en vente direct sur les différents marchés, le reste est écoulé via Paysan-Artisan, Biosphère, Terroirist, des coopératives, des petites épiceries, des restaurants et quelques distributeurs.



Comme beaucoup de ses confrères, Gwenaël pratique l’achat-revente, qui représente encore actuellement 70% de ses ventes. La raison est simple : la production de légumes à elle seule n’est pas rentable. Si l’achat-revente concerne en priorité des productions belges de saison (via des fournisseurs comme Paysans-Artisans, Biovibe, Foodhub, Interbio, Terroirsit ou encore Bionaturels ; mais aussi en achat directement à des producteurs locaux), selon Gwenaël, le hors saison est une nécessité, même si sa réflexion l’amène petit à petit à revoir ce point de vue. Il faut certes que la clientèle suive, car certains fuient devant l’absence de courgettes en janvier. Mais la concurrence du hors saison peut aussi affecter la vente de sa propre production. Par exemple, des asperges fraîches produites sur la ferme, qui devraient être un fort produit d’appel, sont beaucoup moins appétantes si le client en a déjà consommé depuis des semaines grâce à l’import de productions de France ou d’Espagne… L’étal hors saison est fourni par des grossistes français, italien et espagnol. Le tout s’inscrit dans une logique pour limiter le transport et s’assurer des bonnes conditions de travail des producteurs, via un contact régulier.


Sur les marchés, l’affichage est clair : certains légumes sont produits sur la ferme et d’autres proviennent de l’achat-revente. La provenance est alors notée et le consommateur informé.


Notons également que les invendus de marchés, au lieu d’être compostés, sont donnés à l’association NoJavel pour les redistribuer aux personnes précarisées. Et pour encore plus limiter le gaspillage, les tomates abimées ou trop mures sont transformées en purée.


Grandir tout en restant fidèle aux valeurs N&P

Le parcours de Gwenaël a beaucoup évolué au fil des ans. Passer d’une « petite » exploitation où l’on travaille seul à une « grande » exploitation qui compte plusieurs dizaines d’employés implique des changements structurels. Ainsi, par la force des choses, Gwenaël s’est progressivement tourné vers la gestion administrative et la coordination, déléguant la gestion de ses terres à une équipe rodée. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un œil sur tout et de monter sur un tracteur quand il le faut ! En plus d’être pourvoyeur d’emplois, ce fonctionnement permet de spécialiser les rôles de chacun et ainsi développer une connaissance et un savoir-faire plus poussé (chefs de cultures, chefs de récoltes, …). Lors de notre visite, nous avons pu discuter avec un des chefs de culture qui nous as fait part d’un peu de ses connaissances concernant la culture de tomates sous serre.


La ferme travaille en collaboration avec la biodiversité, qui est un allié de taille ! En plus d’être des brises vents de qualité, les 1km de haies favorisent aussi les auxiliaires de culture. Tout comme certaines fleurs installées au sein des tunnels, où on pratique également la lutte biologique par l’introduction de larves d’insectes ou d'araignées prédatrices de ravageurs. Cela crée également un cadre de travail agréable.

Les abords de la ferme et les cultures sont garnis de plantes fleuries, pour leurs intérêts paysager et environnemental. Les pieds des tunnels abritent des cultures condimentaires.


Le respect de l’environnement fait partie des éléments centraux dans le développement de la ferme du Peuplier. On le sait, en maraîchage, l’accès à l’eau est un pilier. Afin de limiter l’épuisement de la réserve du puit installé sur la ferme, de nombreuses citernes récupèrent les eaux de pluies qui s’écoulent des toits des serres. Le lavage des légumes est organisé en circuit fermé, ce qui permet de récupérer 90% de l’eau utilisée. L’eau passe par un bassin de décantation, qui sera curé pour réutiliser la terre, puis est filtrée et passée aux UV à sa sortie. Au niveau de l’arrosage des tunnels, on retrouve les classiques goutte à goutte et sprinklers.


Gwenaël et N&P

Comme vous le savez, Nature et Progrès certifie avant tout un producteur et sa démarche. Et celle de Gwenaël est parsemée de questionnement, à la recherche d’un équilibre entre idéal bio et rentabilité économique. Il se sent en accord avec les valeurs de la charte Nature et Progrès et aimerait avoir plus d’occasions de partager avec ses confrères. C’est pourquoi il participe aussi en tant que producteur visiteur au SPG. Mais des formations et des journées d’échange entre producteurs du label seraient aussi les bienvenues.


Gwenaël du Bus - Ferme du Peuplier

Marchés du lundi au dimanche Infos : www.lafermedupeuplier.be





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