• Mathilde Natpro

« Mes aliments ont un visage » : 20 ans de campagne, 50 ans de convictions

Dernière mise à jour : avr. 27

Au-delà de simples consommateurs de produits sur des étalages, les partisans et partisanes de Nature & Progrès sont surtout de réels soutiens aux femmes et hommes artisan.ne.s de leur alimentation. En 2001, la campagne « Mes aliments ont un visage » de Nature & Progrès concrétisait l’intention de mettre ce lien au centre de la réflexion. 20 ans après, la nécessité de nous connecter aux maillons de notre alimentation est toujours bien présente.


Est-il encore nécessaire de rappeler que Nature & Progrès puise son origine dans le rassemblement de citoyens, d’agriculteurs, d’agronomes, liés par une vision commune de ce que devrait être l’agriculture productrice de leur alimentation ? Depuis près de 50 ans, cette interconnexion, ce lien privilégié entre consommateurs et producteurs, anime toute action de l’association.


A chaque crise sa solution

C’est à la suite d’une N-ième crise du secteur alimentaire industriel (voir encart) qu’est née l’idée de ce message : « Mes aliments ont un visage ». Cinq mots qui résument notre philosophie, qui ramènent à l’essentiel : derrière chaque aliment, il y a une productrice, un producteur, une transformatrice, un transformateur. Du moins, il devrait y avoir ! Et c’est ce que nous prônons chez Nature & Progrès. « Nul n’a le droit, pensons-nous, de limiter l’aliment à un simple bien commercial. Le producteur ne saurait être vu comme un simple fournisseur d’ingrédients ; le consommateur n’est pas davantage un vulgaire acteur économique, un acheteur d’aliments. » indiquait la campagne de 2001. Et aujourd’hui, nous tenons à réitérer cet appel !


Car trop nombreuses sont les crises alimentaires qui nous pendent encore au nez ! Le secteur industriel a de plus en plus la mainmise sur notre alimentation, même en bio. Les débats sont rudes pour tenir le cap. Quand on parle de valeurs, on nous répond « loi du marché ». Comment faire valoir la parole des agriculteurs quand ceux-ci sont réduits à de simples fournisseurs de matières premières ? Comment aider au développement des transformateurs voulant valoriser les productions wallonnes quand on les met en concurrence avec des industries peu regardantes sur la provenance des denrées utilisées ? Sous couvert de développement de filières, on continue finalement de soutenir le même modèle agricole productiviste. Au pays du bas prix, le rendement est roi ! Et le risque pour le consommateur reste le même.


La crise de la dioxine de 1999 en Belgique Les dioxines, ce sont des molécules organochlorées, polluants organiques persistants dans l’environnement et qui ont la réputation d’être dangereuses pour la santé. Pourquoi ? Déjà parce que l’Homme est un bio accumulateur de ces molécules, car en bout de chaîne alimentaire et incapable de les éliminer de son organisme. Ensuite parce que ces molécules se transmettent de la mère au fœtus ou via l’allaitement au jeune enfant. Nous vous laissons ouvrir vos encyclopédies pour en savoir plus sur leurs origines dans notre environnement. Sachez seulement que des études considèrent que certains types de dioxines sont hautement toxiques pour l'Homme en agissant au niveau du développement, du système immunitaire, des hormones et peuvent également causer des cancers. Début 1999, il a été constaté que des aliments pour animaux (monogastriques en l’occurrence, donc poulets et porcs), produits en Belgique, ont été contaminés à des doses hors normes de dioxines, via des graisses minérales qui n’auraient pas dû se retrouver là. Ces dioxines ont été détectées dans les œufs et la viande conventionnels qui étaient consommés. Mais voilà, dans un monde où les filières alimentaires sont de plus en plus compliquées, remonter à la source de la fraude devient un casse-tête ! (Pour en savoir plus, nous vous conseillons larticle du journal Le Soir « La crise qui empoisonna la Belgique »). Une déconnexion des différents maillons de la chaine qui fait qu’au final, le producteur n’est plus maître de l’alimentation qu’il donne à ses animaux. Un cas isolé ? Pas vraiment ! La mondialisation et la capitalisation de notre alimentation rend les contrôles ardus. La responsabilité de chacun se voit diluée au nom de la productivité et de la libre concurrence. Pour preuve : on voit revenir la manipulation de l’alimentation par des acteurs industriels qui, à coups de lobbying puissant au niveau européen, tentent de libéraliser la diffusion des OGM dans l’agriculture et donc notre alimentation (pour plus d’information, voir notre brochure « La problématique des nouveaux OGM »). Au-delà du scandale politique et économique que la crise de la dioxine a provoqué, c’est notre confiance en notre système alimentaire qui est mise à mal. Heureusement pour l’industrie, l’humain a la mémoire courte. C’est pourquoi Nature et Progrès est là pour vous rappeler : consommer est un acte politique ! Et si on accordait plus d’importance aux artisans de notre alimentation ?


Pour nous c’est un fait, nombres des dérives dans le secteur agroalimentaire seraient évitables si nos aliments transitaient le plus directement possible du lieu de production à nos cuisines. Et s’il ne fallait qu’un seul geste pour qu’ils passent de la main du producteur ou du transformateur vers celle du consommateur ? Et si, ainsi, nous nous réapproprions notre droit de manger sainement en soutenant ceux qui travaillent en ce sens ?

En 2001, le livret « Mes aliments ont un visage » incitait le consommateur à devenir le partenaire du producteur bio et du transformateur bio. Car se tourner vers leurs aliments c’est encourager leurs actions !


Bien plus qu’une campagne de communication

Il y a 20 ans, nous vous interpellions. « Acheter bio, c’est une chose. Mais, pour faire de votre aliment un outil formidable de développement humain, économique et environnemental, il convient que cet achat concerne des produits locaux, des produits proches des hommes, dont la culture aura un impact positif sur leur lieu et leurs conditions de vie. ». Et 20 après, notre position n’a pas changé. C’est dans l’ADN de Nature & Progrès de revendiquer que nos aliments aient un visage ! Les initiatives de regroupement en circuit-court qui essaiment ces dernières années soufflent un vent d’espoir et montrent que notre message est porteur. Il est d’ailleurs marquant de voir que ce sont toujours des producteurs bio de Nature & Progrès qui en sont les figures de proue.


Mais finalement, notre modèle alimentaire a peu évolué depuis l’après-guerre. Il suffit de déambuler dans les allées des grandes surfaces, qui restent le canal principal d’achat du bio (39% des parts de marché en 2019), pour voir que ce changement tant attendu ne s’est pas réellement opéré. Si les productions bio wallonnes gagnent du terrain dans les étalages, celles-ci restent anonymes. Certes, des visages, on nous en sert : ceux des mannequins qui posent en salopette, fourche à la main, sur des affichages publicitaires trompeurs. Qu’on se le dise, dans les grandes surfaces, les aliments n’ont pas de visage.  La situation reste donc majoritairement la même : le maillon central de l’alimentation, c’est le distributeur (ou la structure de transformation qui le fournit). Le consommateur et le producteur sont réduits aux rangs d’outils financiers. L’aliment, un objet de spéculation comme un autre ? Pour Nature & Progrès, c’est un grand non !


À la suite de la crise du lait, des producteurs bio belges se regroupent pour valoriser les productions locales auprès des grandes surfaces. Comme la coopérative de producteurs Biomilk, dont on retrouve le lait dans les rayons du Delhaize. Un bel exemple de réussite de rassemblement de producteurs locaux pour faire valoir leur production auprès d'une grande surface ! Au départ, la brique mettait clairement en avant la présence de la coopérative. Lors de la révision du packaging bio, Delhaize en a profité pour lisser le visuel et le logo « Bioptimist » a pris le dessus sur celui de Biomilk (qui reste visible sur le côté de la boîte). Permettant ainsi au distributeur de garder la main mise sur le packaging. Nous regrettons que les grandes surfaces mettent toujours plus de pression sur les producteurs pour les reléguer au second plan.


Le supermarché reste le canal de distribution principal des produits alimentaires bio en Belgique, alors que les magasins à la ferme ne représentent que 5%. Ensemble, faisons augmenter la surface de cette part verte du camembert ! (Graphique tiré de « Les chiffres du BIO 2019 » de Biowallonie)

Réaffirmons que nos aliments ont un visage !

En rapprochant producteurs et consommateurs, on garantit une bio locale et éthique, qui repose sur une relation de confiance. Connaître l’humain qui se cache derrière ce que vous consommez en est l’essence même ! L’aliment fait le lien, tel un contrat tacite mais essentiel, entre celui qui le produit et celui qui le consomme. Il est l’engagement du producteur à procurer une alimentation de qualité tout en respectant l’environnement et notre santé. Il est l’engagement du consommateur à soutenir cette philosophie de production. Il est le garant de la confiance du citoyen envers les agriculteurs et transformateurs qu’il soutient, mais aussi de la qualité de vie de tous ceux qui font que, du champs à l’assiette, l’aliment est !


Pour Nature & Progrès, l’aliment est l’engagement, le contrat de confiance tacite mais essentiel entre le producteur et le consommateur.


Dans la nécessité de maintenir les valeurs du bio face au développement important du secteur, il devient de plus en plus limpide que les producteurs bio de Nature & Progrès apportent des solutions. C’est pourquoi chaque jour, nous défendons leurs valeurs et les vôtres ! (Re)découvrez les producteurs bio de Nature & Progrès qui vous proposent viandes, fromages, charcuteries, fruits et légumes de saison, farines, biscuits, bières … Toute une variété de produits dont ils maitrisent la culture et la transformation en toute transparence.

Les artisans d’une alimentation bio de qualité acquièrent de la reconnaissance par les citoyens qui choisissent de mettre un visage sur leurs aliments, en allant à leur rencontre dans leur magasin à la ferme, sur les marchés, au Salon Valériane, …


Les choses ont évolué en 20 ans, les producteurs bio de Nature & Progrès ont développé leurs magasins et les surfaces agricoles bio ne cessent de croître. Il faut s’en réjouir ! Tout en restant attentifs aux fondamentaux. La croissance des marchés doit se faire en respectant les valeurs du lien entre production et consommation. Nature & Progrès est là pour le rappeler et réaffirmer les convictions défendues depuis ses débuts : « Mes aliments ont un visage » ! Nous connaissons tous le nom de l’auteur de notre dernier livre acheté. Nous connaissons le nom de nos animateurs télé et radios favoris. Même celui de notre coiffeur. Alors pourquoi ne pas connaître les hommes et femmes qui se cachent derrière notre alimentation ?


Soyez attentifs toute cette année aux messages qu’ils auront à vous faire passer. Ouvrez l’œil, pour voir fleurir les visages de vos producteurs bio !




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