• Mathilde Natpro

Yannick Hostie, maraîcher corps et âme

Membre Nature & Progrès et maraîcher bio depuis une vingtaine d’années, Yannick Hostie est un des pionniers de sa discipline en Wallonie. Une visite du Système Participatif de Garantie nous permet de (re)découvrir son activité, dans le village de Fouleng, près de Silly.


Une passion qui tient au corps

Yannick avait disparu de nos radars quelques années et c’est avec plaisir que nous reprenons contact avec ce passionné de maraîchage. Nous apprenons les rebonds de la vie qui l’ont menés à devoir réduire drastiquement sa surface cultivée (de 2 ha dans une ferme mixte il est passé à 15 ares derrière sa maison). Après un travail au CRABE ASBL à mi-temps pendant 3 ans, Yannick cherche de nouveau à travailler à côté de son activité de maraîchage en indépendant complémentaire. Il suffit de quelques minutes de discussion pour le comprendre : il n’est pas question pour Yannick d’abandonner sa passion. Si, pour des raisons évidentes, il cherche un travail plus stable, c’est bien pour pouvoir se permettre de persévérer dans ce métier qui l’a toujours animé : le maraîchage.


C’est pourquoi, dès qu’il n’a plus pu faire autrement, Yannick a transformé les 15 ares de son jardin en maraîchage diversifié. On y retrouve 3 serre de 2 ares, une pépinière de 50m², et des planches permanentes de 9 m sur 1,2 m. Tout est travaillé à la main, pas de mécanisation. C’est à la grelinette et à la rasette que Yannick entretient ses planches : « il faut compter une journée de travail pour former les 3 buttes d’un tunnel » nous confie-t-il.


A cette saison, ce sont les serres qui concentrent les premières cultures (épinards, laitues, fèves des marais…) alors que les planches extérieures et les petits fruitiers sont en attentes des beaux jours.

La rasette laissée au milieu de la butte, preuve du travail minutieux fait à la main par le maraîcher.


Maraicher : ouvrier de la terre

Le grand défi du maraîchage, c’est la fertilisation du sol. Yannick insiste même : « le maraîchage, ça devrait être intégré dans la rotation d’une ferme, ça devrait toujours être lié à l’élevage ». Malheureusement coupé de la possibilité de mettre lui-même en pratique ce principe, il se renseigne beaucoup sur les techniques modernes de maraichage (ou d’agriculture en général). Il est en questionnement constant sur ses pratiques dans le respect du milieu naturel « sol ». La fertilisation de ses sols est actuellement assurée par le compost des déchets de culture mélangé à de la paille, de la farine de sang et du fumier en bouchon.


Compost maison prêt à l’emploi !


L’autre pilier du maraîchage, c’est l’arrosage. Malgré le puit creusé à 6m sur son terrain, Yannick doit recourir à l’eau de ville pour alimenter son goutte à goutte en fin d’été. Paillages en tout genre (mélange seigle/luzerne fait maison, essai de paillage de chanvre, essai de paillage en miscanthus) retiennent une partie de l’humidité, mais dans les conditions de sècheresse que l’on subit depuis quelques années, cela ne suffit plus. C’est aussi pourquoi il a réduit la surface de ses serres (de 5 il est passé à 3), plus dépendantes de l’arrosage.


La problématique « bâches plastiques » est abordée avec Yannick. Malheureusement il n’y a pas d’alternatives au contrôle de l’enherbement pour le moment. La pratique la plus durable est de bien entretenir ses bâches pour les garder le plus longtemps possible. Ici, elles ne sont pas utilisées pendant la culture mais seulement en couverture du sol avant les semis.




Produire pour nourrir

Avec ses 15 ares, Yannick n’a pas l’ambition de produire de grandes quantités ni une très large diversité. On retrouve tout de même tous les légumes classiques sur son étalage au marché de Silly, entre autres : carottes, haricots, courges, courgettes, choux, pois, laitues, oignons, concombre, fèves des marais, fenouils, poivrons, aubergines, poireaux, navets, mâche et bien sur les tomates. Tout ce qu’il propose est produit par lui-même (il ne fait pas d’achat revente) et n’est donc disponible qu’en saison. Sa période de vente s’étend de juin à décembre. En plus du marché, ses légumes se retrouvent dans deux magasins de proximité : un magasin bio d’Enghien et au Dépôt Vrac de Silly.


Quitte à ne pas miser sur la quantité, il préfère miser sur la qualité. Lorsqu’il n’est pas satisfait de sa culture 2 années de suite, Yannick réfléchit à l’abandonner pour se concentrer sur ce qu’il sait bien faire dans ses terres. Les anciennes variétés de tomates ont toujours été sa spécialité. Mais il nous le confie « ça n’a plus le succès d’antan, il y a plus de concurrence et face au prix du conventionnel, ou même du bio industriel, on ne fait pas le poids. C’est difficile, le client n’a pas toujours le temps qu’on lui fasse goûter la différence ! »


Des haies bordent le terrain de Yannick. Et notamment une haie de saules tétards avec un essai de plessage (technique qui consiste à tisser entre elles les branches des arbres d’une haie).


Yannick et Nature & Progrès

C’est au départ des cahiers des charges techniques de Nature & Progrès France que Yannick a été attiré par l’association. A la suite de leur abandon en Belgique, il a continué de vouloir nous soutenir pour le rapprochement entre consommateur et producteur promu. Aujourd’hui, il regrette de ne pas avoir plus de lien avec les autres maraîchers du label et aimerait bien voir revenir sur le devant de la scène des normes techniques, car le label bio devient de plus en plus insuffisant pour se distinguer et revendiquer sa manière de produire. Nous en prenons bonne note !


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