• Mathilde Natpro

As veyou l’poré et tous les beaux légumes de Mélanie et Benoit ?

Benoit Redant et Mélanie Bronckaert mènent leur maraîchage bio-intensif de mains de maîtres depuis 10 ans. Encore de valeureux maraîchers bio Nature & Progrès à vous présenter grâce à une de nos visites du Système Participatif de Garantie.


De formateurs à maraîchers

L’amour de la terre, Benoit le porte en lui depuis sa jeunesse. N’étant pas issu du milieu agricole, il lui faudra trouver son propre chemin pour parvenir à concrétiser cette passion. Des études d’agronomie l’y aideront… Il commencera ainsi sa carrière de maraîchage en tant que formateur au sein de l’ASBL La Bourrache. Mélanie et Benoit s’y rencontrent. Tous deux dans le maraîchage par passion sans y être destinés, il devient alors évident de construire leur propre projet à deux.


Ce premier projet, ce sera « Un coup de pouce » : une coopérative à finalité sociale proposant des paniers de légumes. C’est en 2011 que « As veyou l’poré » voit le jour, sur un terrain de 15 ares dans une prairie louée. Au départ, ils y proposent des paniers de légumes bio hebdomadaires. Ils développent ensuite la commercialisation sur commande et obtiennent un stand au marché d’Amay. Il y a 9 ans, ils ont eu l’opportunité d’acquérir le terrain de 3 ha qu’ils occupent actuellement à Jallet (Ohey), ainsi qu’un fonds de commerce au marché de Huy. Pendant la récente crise sanitaire, les marchés ont fermé et pour continuer de fournir leur clientèle, Mélanie et Benoit ont développé la vente directe à la ferme sur base d’un système de retrait de commandes, qui est pour le moment toujours actif.



Vivre simplement et bien produire

La vie simple dans le respect de la Terre, c’est ce à quoi aspirent Mélanie et Benoit. Leur projet de maraîchage est un projet de vie, c’est pourquoi ils s’installent rapidement sur le terrain. Les bâtiments présents intègrent les étables, la zone de stockage du matériel, la chambre froide et la maison. Le tout a été réfléchi comme un ensemble et est réalisé en écobioconstruction paille-argile avec bardage en bois - local et non traité of course !


De l’extérieur comme de l’intérieur, le bâtiment de ferme en isolation paille-argile et bardage en bois est inspirant !


Le terrain est entièrement bordé de haies de toutes sortes et on retrouve, aussi bien dans la prairie que dans la zone de maraichage, une multitude de fruitiers : pommiers hautes tiges de variétés anciennes, poiriers palissés, pruniers. Le puit présent sur le terrain est entouré d’une praire fleurie. Des ruches jouxtent les tunnels (adaptés à la circulation des pollinisateurs) entre lesquels des bandes mellifères sont prévues. Le tout forme son propre écosystème et offre une qualité de vie incomparable à la famille Redant-Bronckaert ! Et c’est ça que voulaient Mélanie et Benoit : non seulement vivre de leur métier mais aussi vivre AVEC leur métier.

Les ruches de la fille de Mélanie et Benoit, apprentie apicultrice, sont installées sur le terrain.


Cela se traduit également par la recherche d’autonomie, tout en réduisant le plus possible sa consommation. « Le gros défi du maraîchage, c’est la gestion de l’eau » nous dit Benoit, « on fait de gros efforts de ce côté-là et ça m’embête de me dire que pendant ce temps-là, d’autres font leurs petites affaires dans de l’eau potable ! » (NDLR : une chasse d’eau = 6 à 12 L d’eau potable qui part aux égouts !). La présence du cheval de trait est également un gros plus puisqu’en plus de recycler les déchets de culture et fournir du fumier, il remplace le tracteur et donc la consommation de mazout. « La traction animale à notre échelle, ça a tout son sens ! On prend le temps de développer une relation avec le cheval, ce qui n’a pas été facile au début car il a son petit caractère, mais maintenant c’est mon collègue. Il sait où il doit aller ! ». Lorsqu’il travaille ses parcelles avec son cheval, Benoit est en contact avec sa terre, il ne la regarde pas de haut. Il la sent sous ses pieds, sous les pas de son cheval. On reste dans la logique de travailler avec le vivant.


Le collègue chevelu de Benoit. Ce magnifique cheval de trait ardennais va bientôt avoir un nouveau compagnon. Benoît ambitionne de réaliser certains travaux de reprise grâce à la puissance de deux chevaux !


Un autre pas important franchis est l’autoproduction des plants maraichers. « Cela nous permet de choisir les variétés que l’on veut cultiver et de mieux maîtriser les dates de repiquage », témoigne Benoit. Pour cela, ils font germer les semences (achetées chez Voltz, Semailles, Sativa et autoproduites pour les tomates) sur un tapis chauffant, puis les plants sont placés sur une couche chaude à base de fumier de cheval (encore celui-là !). Ils réalisent des essais de substrat auto-produit afin d’essayer de se passer de la fibre de coco et de la tourbe. On le sent, il y a ici une volonté de pouvoir nourrir tout en respectant son environnement, même son terroir. C’est pourquoi, Mélanie et Benoit refusent de proposer à leur clientèle des légumes hors saison ou qui viennent de productions intensives, même bio. D’après Benoit : « L’achat-revente est incontournable, même si on essaye de faire que de saison. Il y a nécessité de compléter l’étal afin d’encourager le client à se fournir chez les maraichers plutôt qu’en grands magasins. Personnellement, je trouve ça dommage de voir certains maraîchers N&P vendre des légumes hors saison … Ce n’est pas l’esprit du bio pour moi. ». En dehors de l’assortiment de légumes, on peut aussi retrouver sur l’étal de As veyou l’poré des produits locaux comme les farines bio du Moulin de Ferrière, les œufs bio de Ohey ou le miel produit par la famille.

Les plants autoproduits sur la ferme.


La bio ça se cultive …

Quand on travaille en bio, on le sait, une bonne gestion du sol est indispensable ! Un labour hivernal est ici systématiquement pratiqué en champs. Les sols argileux de cette partie du Condroz provoquent des stagnations d’eau et les pentes localement assez fortes, des écoulements en surface. Une grosse partie du travail consiste à gérer l’humidité du sol en entretenant bien l’humus et en binant avec le cheval. « Comme on dit, un binage vaut deux arrosages ! ». Il faut favoriser la structure du sol, une bonne porosité permettant à la fois de retenir l’eau mais aussi de bien la répartir. Sur cette aspect, la fertilisation du sol joue aussi son rôle. Ici, on applique le fumier composté du cheval ainsi que celui des moutons parfois présents sur la ferme pour pâturer les résidus d’engrais verts. Un peu de fumier de poules est acheté à un agriculteur voisin, et si tout cela ne suffit pas, de l’engrais bio est ajouté. Les déchets végétaux sont broyés sur place, permettant d’apporter de la matière organique fraiche et une couverture du sol.


Pour la gestion des adventices, plusieurs techniques sont appliquées : bâches tissées, BRF, mulch de miscanthus, solarisation, désherbage thermique sur le rang en oignons et carottes. La gestion des bébêtes indésirables se fait au cas par cas et Benoit n’hésite pas à avoir recours à un peu de biocides autorisés lors d’invasions incontrôlables, notamment de limaces. Peut-être que l’ajout de quelques canards coureurs indiens à la liste de la basse-cours est à envisager ?


L’arrosage est très pensé car, comme on l’a dit, c’est un point sensible en maraîchage. Un système de tuyaux connectés au puit et à la citerne de 40.000 litres de récupération d’eau de pluie parcourt tout le terrain. L’eau est apportée par micro-asperseurs et goutte-à-goutte en serres et par canons en plein champs. Benoit prévoit d’enterrer les tuyaux d’irrigation pour harmoniser tout cela.


Des tuyaux parcourent tout le terrain pour être connectés aux différents systèmes d’irrigation. Bientôt un réseau souterrain ?


…la bio, ça se partage !

Une des valeurs fortes du label N&P, vous le savez, c’est le lien entre producteur et consommateur. Ce lien qui permet au consommateur de comprendre et respecter les choix que le producteur fait dans son activité, puisqu’il prend le temps de les expliquer. Oui, avec N&P, nos aliments ont un visage ! Ceux de Mélanie et Benoit sont bien connus de leurs habitués puisqu’ils mettent un point d’honneur à être présents sur les marchés. Comme nous le dit Benoit, « le client vient pour voir le producteur ! ». Cet investissement en temps et énergie (pendant qu’ils sont sur le marché, ils ne sont pas dans les champs) leur permet le luxe de conserver leurs valeurs fortes dans leurs méthodes de production. Le client du marché qui trouverait trop cher un légume, se verra expliquer pourquoi cette qualité vaut ce prix et reflète le travail des femmes et des hommes qu’il y a derrière. Celle qui réclamera des aubergines au mois de janvier, se verra cordialement remettre à sa place par une explication sur les fruits et légumes de saison et l’implication que cela a, non seulement au niveau de notre santé, de notre environnement, mais également au niveau du goût.


Au mois d’avril, lors de notre visite, les cultures de saisons sont limitées mais déjà abondantes grâce aux tunnels (et au savoir-faire des maraichers 😉).


Le goût justement, parlons-en. C’est une des priorités de Benoit dans le choix des variétés cultivées (et des produits revendus). Même s’il reste attentif à favoriser des semences paysannes, certaines F1 semblent incontournables pour garantir la qualité tout en ayant un rendement satisfaisant. C’est le cas en choux et brocolis, par exemple. Pour lui, certaines variétés dites anciennes n’apportent rien et ne donnent pas des beaux légumes. Sa priorité est de proposer une production de qualité, variée, de saison et le plus longtemps possible sur l’année, sans tricher. D’où l’intérêt de la chambre froide qui permet de proposer toute l’année des légumes frais, récoltés mûrs.


On l’aura compris, Mélanie et Benoit sont à la forge et au moulin (ou plutôt à la kassine et à l’étal). Ils travaillent tous deux à temps plein (et demi…) sur le projet et sont épaulés pour la vente et la cueillette. Une belle réussite pour As veyou l’poré que d’être une entreprise agricole pourvoyeuse d’emplois ! « C’est quand même plus gai à plusieurs ! ». Malgré l’investissement que demande leur activité professionnelle, ils n’hésitent pas à prendre le temps de partager leur passion et leurs savoirs. Que ce soit comme lors de cette visite du SPG, lors des discussions avec leur clientèle, ou encore en démonstration de traction animale dans des formations en maraîchage bio.


Mélanie, Benoît et N&P

Ils étaient membres N&P avant d’être producteurs, ça a donc coulé de source pour eux de rejoindre le label en tant que maraîchers. Benoit a d’ailleurs participé à l’élaboration du premier calendrier des fruits et légumes bio de N&P, réédité récemment. Le consommateur peut identifier As veyou l’poré comme un producteur bio de N&P grâce au panneau à l’entrée de la ferme et la présence du logo de l’association sur la bâche utilisée dans les marchés.



Du point de vue du respect du cahier des charges, on est dans le bon, puisqu’au-delà de produire 100% en bio, le terrain est protégé des éventuelles pollutions extérieures. Il est principalement bordé de prairies et le seul champs conventionnel à proximité est à distance grâce aux 6 mètres de tournière, un chemin communal et une haie dense. Ne se trouvant pas dans l’axe des vents dominants, il y a peu de risques de dérive.


Être producteur bio de N&P c’est aussi être constamment en remise en question, en évolution. Vouloir aller toujours plus loin dans les valeurs qu’on veut incarner ! Des projets, il y en a plein à As veyou l’poré. Comme l’installation de panneaux solaires avec une réflexion sur la manutention électrique, la récupération des eaux d’écoulement dans une mare, l’implantation de bandes mellifères entre les tunnels, la production de foin, ... Autant de pas en plus vers la résilience !

As veyou l’poré ? Mélanie Bronckaert et Benoit Redant Tige du Chenu, 5354 Ohey https://www.facebook.com/asveyoulpore.be



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