• Sylvie Natpro

Visite de la Ferme de Targnon (Anthisnes) : la passion des légumes et de la confiture




Naissance et évolution de la Ferme de Targnon


C’est au cœur du Condroz liégeois, dans le village de Villers-aux-Tours (commune d’Anthisnes), que Jacques et Alice nous accueillent à la ferme de Targnon. Leur activité est née en 1993 lorsque, travaillant tous deux à mi-temps, ils décident de se lancer dans la production de légumes bio sur un demi hectare. A peine 4 ans après leur démarrage, Jacques et Alice demandent le label Nature & Progrès, animés par les valeurs défendues par l’association. Leur projet, ils le veulent centré sur la vente directe, le circuit court, le contact et l’échange avec le consommateur local.

Année après année, l’activité s’enrichit pour finalement occuper Jacques et Alice à temps plein, et même, une possibilité plus importante mais qu’ils se refusent, ne souhaitant pas engager de personnel. Ils reprennent une activité de confection de confitures, les confitures de Margo, initiées par une dame de Méan. La demande ne cesse de croître, si bien qu’aujourd’hui, Alice consacre trois jours à la fabrication par semaine, soit environ mille pots de confitures. Au maraichage s’est ajoutée la production de plants de légumes vendus aux maraichers et aux particuliers, et le magasin à la ferme proposant les plants, légumes et confitures, mais aussi des produits bio et les plus locaux possibles. Plus récemment, Jacques a réduit l’activité de maraichage de moitié de manière à alléger le travail.




La production de légumes et de plants bio


C’est au sein de trois serres de culture et en plein champ que Jacques cultive des plants et des légumes. Parmi les légumes, une trentaine de variétés de tomates, des aubergines, des poivrons, du céleri, des choux, des salades, des potirons et quelques fleurs. Afin de pouvoir proposer des plants tôt dans la saison et des primeurs, Jacques a installé un système de chauffage dans deux de ses serres tunnel, protégeant les semis des gelées nocturnes printanières. Pour réduire au maximum la consommation en diesel de ce chauffage, les serres sont compartimentées et isolées autant que faire se peut. Jacques réalise tous ses semis à la main, un travail long et minutieux demandant beaucoup de suivi.

Pour fertiliser le sol de ses parcelles et de ses serres, un compost de déchets végétaux et du fumier de son cheval de trait, mélangé et retourné une fois, est utilisé. Un complément de vinasse (pour les fruits) et de poudre d’os peut être apporté selon les plantes cultivées. Le désherbage des parcelles se fait par bâchage (pour les potirons), par l’utilisation de la houe ou par travail manuel. Les principales mauvaises herbes contre lesquelles la lutte est ardue sont le galinsoga, le mouron et le chardon. Pour les ravageurs, en cas de fortes pullulations, Jacques a recours au ramassage manuel (limaces, chenilles de piérides), à l’orthophosphate de fer (limaces), au savon noir (pucerons), au piégeage mécanique (rongeurs), ou, en dernier lieu, au pyrèthre. Pour l’arrosage, l’eau de pluie est récoltée dans une citerne de 30.000 litres ce qui suffit généralement à couvrir toute la saison.





La confection de confiture


C’est Alice qui s’occupe de la production de confiture. Dans l’atelier, les bassines de cuivre sont autant des objets décoratifs que des outils de confection artisanale. Les confitures sont réalisées à partir de fruits, de sucre et d’agar agar, le tout certifié bio. Pour les fruits, étant donné les volumes nécessaires (9 tonnes par an), il est compliqué de se fournir chez des producteurs locaux, par ailleurs assez rares. Aussi, les étapes de nettoyage et de stockage sont un frein important pour initier cette démarche. Alice se fournit en fruits surgelés chez Pajottenlander, ces fruits étant issus de différents producteurs européens. Pour le sucre, c’est du sucre de canne bio issu de Brésil ou de Colombie qui est utilisé. En effet, les alternatives sont peu accessibles. Le sucre de betterave bio est quasiment inexistant, tandis que le miel bio est aussi indisponible en Belgique. Les producteurs de miel bio dans les pays voisins sont rares et le coût du miel est important par rapport au sucre.

Les débouchés sont, quant à eux, bien maitrisés. Les confitures sont vendues au magasin à la ferme, mais très peu (environ 2,5 %) par rapport à la production totale. La majorité de la production est vendue via deux grossistes (Ecodis et Biodis) et 12 autres clients revendeurs (magasins, marchés). La multiplicité des intervenants permet donc une sécurité d’écoulement.




Des pistes d’évolution


Lors de la visite du système participatif de garantie, différentes pistes ont été émises pour optimiser encore l’activité de la ferme en regard de la charte Nature & Progrès. Par exemple, l’utilisation de tourbe, base des terreaux, représente un problème environnemental majeur. Notre productrice « enquêtrice », Fanny Rion, maraichère à Lierneux, a testé un substrat à base de fibres de coco. Le résultat ? Des plantes bien développées, voire mieux qu’en terreau classique, une meilleure rétention en eau, et ce substrat coûte moins cher que le terreau classique. Au niveau écologique, le cocotier n’est pas local, mais n’est-ce pas un moindre mal par rapport à l’extraction d’une tourbe mettant des centaines d’années à se former dans les sols propices, libérant de grandes quantités de CO2 et mettant en branle tout l’équilibre hydrique de ces écosystèmes riches et rares ? Nos tourbières sont devenues des réserves naturelles, alors on extrait la tourbe… ailleurs ! La fibre de coco, une alternative à tester chez nos différents maraichers ?




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Documents téléchargeables 

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