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Les Paniers Verts : « on veut montrer aux gens qu’il y a moyen de consommer autrement »

Pour Valérie Torton et Didier Crick, l’agriculture (et plus particulièrement le maraîchage) ce n’est pas un simple métier mais aussi et surtout une passion. Aux « Paniers Verts » (Bornival, Brabant wallon), on œuvre quotidiennement à une alimentation de qualité et respectueuse de l’environnement. Portrait de ces deux passionnés, rencontrés lors d’une visite du Système Participatif de Garantie.


Par Sam Ligot



Prendre du recul pour mieux avancer

Aujourd’hui « Les Paniers Verts » est une ferme de maraîchage où les produits sont exclusivement vendus en circuit court à la ferme. Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi. À la reprise de l’exploitation de son grand père par Valérie en 1995, la production était majoritairement tournée vers l’horticulture. Pendant 10 ans, ce sont des fleurs et un peu de légumes conventionnels qui sont cultivés. La transition maraîchère et bio a été effectuée aux alentours de 2007. Cette transition est portée par le souhait de fournir une alimentation diversifiée, de qualité et pleine de saveurs au consommateur, le tout en circuit court. Valérie, avec l’aide de Kristian Crick, à qui succèdera Didier Crick en 2016, se lance alors dans la production de paniers de légumes issus principalement de leur production propre. C’est d’ailleurs de là que vient le nom de la ferme : « Les Paniers Verts ».

Objectif initialement fixé à 25 paniers par semaine mi-2007, la demande et le nombre de paniers augmentent rapidement jusqu’à atteindre des pics de 700 paniers hebdomadaires. Malgré l’augmentation des surfaces cultivées, le concept est victime de son succès et la production n’arrive pas à suivre. L’achat-revente prend alors une place bien trop importante aux yeux de l’équipe : « Ce n’était plus sortir des légumes de la terre mais revendre des légumes aux gens », nous confie Didier. Finalement, en 2016, le système des paniers est définitivement abandonné pour revenir à une production maraîchère à taille humaine, de 1,5 ha. Depuis lors, Valérie et Didier sont plus proches que jamais de leur terre et de leurs clients.


Travailler en harmonie avec son environnement

Si vous prenez le temps de vous promener dans les parcelles situées juste à côté du magasin à la ferme, vous serez émerveillés par la beauté du lieu : fleurs, haies et arbres têtards sont au RDV. La biodiversité locale semble également apprécier, comme en témoigne la présence de nombreux amphibiens, oiseaux et petits mammifères. Il ne s’agit pas que d’esthétique puisque qu’ici, on travaille AVEC l’environnement. Ainsi lorsque des larves de papillon Machaon et de scarabées Rhinocéros sont trouvées, elles sont soigneusement mises à l’abris dans des terrariums. Cela permet, d’une part, de les préserver de la prédation jusqu’à leur stade adulte où ils sont alors libérés et, d’autre part, d’informer les curieux sur les rôles de ces petites bêtes indispensables à l’équilibre de nos écosystèmes. Les fleurs sont également utiles pour attirer les pollinisateurs et certaines graines, inutilisées, sont rendues aux oiseaux. Enfin, deux ruches sont présentes sur le site. Didier résume cet investissement comme étant « notre dîme à la nature ».



Deux chevaux occupant une prairie attenante permettent de fournir un fumier bio, souvent difficile à trouver, pour les cultures. Un geste en faveur de l’autonomie de l’exploitation, valeur chère aux yeux de Valérie et Didier. « Les chevaux sont nourris au foin bio et ne reçoivent pas de traitements, ainsi leur fumier nous permet d’avoir des terres vraiment bio », précise Valérie. D’ailleurs, pour aller plus loin dans la garantie d’une production exempte de résidus de pesticides, les épaisses haies d’essences indigènes qui entourent le terrain permettent de protéger les terres de potentielles dérives de pulvérisation. Ils sont également en contact avec le propriétaire de la prairie à chevaux voisine qui leur garantit ne pas pulvériser ses clôtures.



Une immense citerne à ciel ouvert permet la récupération de près de 350.000L d’eau de pluie assurant les besoins en eau de l’exploitation, sauf sécheresse exceptionnelle. Les cultures ne sont d’ailleurs pas systématiquement arrosées, pour préserver cette denrée rare. Fait étonnant : des poissons ont été installés dans la citerne pour lutter contre les larves d'une espèce de moustique, qui ont envahi et détérioré la bâche en 2019 !


La citerne à ciel ouvert qui peut récolter 342.000 L d'eau


L’équipe est également aux petits soins pour son sol qui, en plus d’être la matrice nourricière des cultures, est aussi et surtout un écosystème à part entière. Ainsi, la gestion du sol suit plusieurs principes agroécologiques : une couverture permanente du sol par les cultures et engrais verts (recours également aux bâches de désherbage), le non-labour et un travail réduit du sol, des apports de matières organiques végétales (compost de déchet de culture, copeaux de bois, purin de plantes auto-produit) et animales via le fumier de cheval.


Travailler en harmonie avec les Hommes

Les clients de Valérie et Didier sont les premiers à bénéficier de leur savoir et savoir-faire : « On a une relation privilégiée avec nos clients, C’est gai d’avoir leur confiance ». Par ailleurs, le couple se tient à l’entière disposition de leur clientèle pour répondre aux questions concernant leur activité. Et oui, être un maraîcher proche de sa clientèle c’est aussi faire de l’éducation permanente !

Pour alimenter le magasin à la ferme, Valérie et Didier collaborent avec d’autres producteurs locaux. Un bel exemple est celui des œufs. De part le calibrage des œufs vendus en supermarchés, les plus gros d’entre eux sont normalement destinés à la casserie pour un prix dérisoire. Ils se sont donc associés avec une productrice d’œufs bio locale à qui ils rachètent ses gros œufs qui ravissent leur clientèle. Tout le monde s’y retrouve !


Le magasin à la ferme est pour l'instant installé dans une des serres de production de plants. Un magasin en dur est en projet.


La ferme travaille également avec l’école primaire du village. Un potager a été mis à disposition de l’école, où les enfants viennent découvrir les joies du jardinage grâce aux précieux conseils prodigués par nos maraîchers Nature et Progrès. Ils projettent d’installer sur cette zone un jardin conservatoire de biodiversité qui mettra en avant des plantes à haut intérêt écologique et adaptées à nos régions. Ce lien qu’entretiennent Valérie et Didier permet, à bien des égards, de partager non seulement un savoir et savoir-faire mais également des valeurs chères à Nature et Progrès.

Le potager didactique a sa propre zone à l'entrée du terrain. Il sera bientôt jouxté d'un jardin conservatoire de biodiversité.


La production

A la ferme « Les Paniers Verts », l’offre se veut la plus diversifiée possible. Vous y trouverez des incontournables comme la tomate (plus d’une centaine de variétés !), l’aubergine, la pomme de terre primeur, etc. Mais également des légumes rares/méconnus/oubliés au goût atypique comme « l’épinard malabar » ou la « plante huître ». Bien que marginaux, ces derniers permettent de faire découvrir de nouvelles saveurs aux clients et de se démarquer : « on veut montrer aux gens qu’il y a moyen de consommer autre chose que ce qu’on trouve en grande surface ». Les productions sont réfléchies à l’échelle du territoire, pour limiter la concurrence avec les producteurs alentours.

Une grande diversité de plants sont produits sur la ferme. D’une part pour la ferme maraichère elle-même, mais aussi pour la vente : fraisiers, tomates, poivrons, aubergines, concombres, mais aussi fleurs mellifères. Une partie des semences est auto-produite : tomates, poivrons, fleurs, aromatiques, et quelques légumes oubliés. Le reste étant acheté chez Sativa, Bingenheimer, Agrosemences ou Ducrettet pour les légumes plus originaux.



Malgré cette offre large, l’achat-revente s’avère indispensable pour conserver une frange de la clientèle. Didier constate : « Il faut faire des concessions entre notre envie de consommer bio et local et la demande de la clientèle, sinon on la perd. On doit penser à la viabilité de l’entreprise ». Cependant cet achat-revente est réfléchi et suit plusieurs principes que Valérie et Didier s’imposent. Ainsi les produits transportés en avion sont proscrits et le hors-saison est limité au maximum.


Valérie et Didier chez N&P

Ils semblent tous deux fortement tenir au lien avec Nature et Progrès et le label est volontiers mis en avant dans les conversations avec leurs clients. « On se revendique volontiers N&P car le label correspond aux valeurs qu’on défend avec notre ferme, nous dit Didier. C’est un label, une appartenance même, qui a du sens. Bref, ça coulait de source. ». Et Valérie d’ajouter : « Nature et Progrès c’est du vrai, du concret. Ça construit quelque chose. En plus, la mise en avant des producteurs est chouette chez N&P. Et c’est important, cette visibilité ! »


 

Valérie Torton et Didier Crick - Les Paniers Verts

Rue du Centre 71

1404 Bornival

www.facebook.com/lespaniersverts/

Magasin à la ferme ouvert les vendredi et samedi de 10h à 18h

 

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